Lettre souvenir pour tenir compagnie
Chers vous,
Aujourd’hui, j’ai eu envie de vous raconter un souvenir.
Un souvenir un peu farfelu, un peu poétique, mais qui a décidé de revenir frapper à ma porte comme un vieil ami.
Peut‑être qu’il vous tiendra compagnie un moment.
C’était il y a longtemps — ou peut‑être hier, qui sait, les souvenirs n’ont jamais été très ponctuels.
Je me promenais dans un petit village où les maisons semblaient avoir été posées là par un enfant qui joue aux cubes.
Les volets étaient bleus, les murs un peu de travers, et les chats avaient l’air de connaître tous les secrets du quartier.
Ce jour‑là, j’ai rencontré une vieille dame qui portait un panier rempli… de citrons.
Rien que des citrons.
Elle m’a dit : « Je fais une tarte pour quelqu’un qui en aura besoin. On ne sait jamais qui a besoin d’une tarte au citron. »
Et elle est repartie, comme si c’était la chose la plus logique du monde.
Intriguée, je l’ai suivie du regard.
Elle s’est arrêtée devant un banc où un monsieur lisait son journal à l’envers — oui, à l’envers.
Elle lui a tendu un citron. Pas la tarte, non : juste un citron.
Le monsieur a éclaté de rire, un rire qui sonnait comme une vieille porte qui grince mais qui s’ouvre quand même. « Ah, ça, c’est pour me rappeler que la vie pique parfois, mais qu’elle rafraîchit aussi ! » a‑t‑il dit.
Je crois que j’ai compris ce jour‑là que les petits gestes, même les plus étranges, peuvent changer une journée entière.
En continuant ma promenade, j’ai croisé un arbre qui semblait me faire signe.
Oui, oui, me faire signe.
Une branche bougeait comme une main.
Peut‑être que c’était le vent, mais j’ai préféré croire que l’arbre voulait me dire bonjour.
Alors je lui ai répondu.
On ne laisse pas un arbre sans réponse, par politesse.
Je vous raconte tout cela parce que je me dis que, peut‑être, aujourd’hui, vous auriez envie d’un souvenir qui ne demande rien, qui ne pèse pas, mais qui accompagne.
Un souvenir qui s’assoit près de vous et dit : « Je suis là. On peut rêver un peu ensemble. »
Si vous regardez autour de vous, peut‑être qu’un détail vous fera sourire : un rayon de soleil qui insiste pour entrer, une ombre qui ressemble à un animal imaginaire, ou même un bruit de pas dans le couloir qui rappelle une visite attendue.
Je vous envoie ce souvenir comme on envoie une carte postale d’un endroit où l’on a été heureux.
Gardez‑le si vous voulez.
Ou inventez‑lui une suite.
Les souvenirs aiment qu’on les fasse voyager.
Avec une grande tendresse, Quelqu’un qui pense à vous, vraiment
Une inconnue qui pense à vous
"Tous Droits Réservés"
Lettre qui raconte un souvenir inventé pour lui tenir compagnie, tissée autour d’un souvenir inventé, conçu pour tenir compagnie, faire sourire, et offrir un moment de présence douce. Je l’ai écrite comme une histoire qu’on raconte en s’asseyant au bord du lit, ou en tirant une chaise près d’une fenêtre ensoleillée.