Lettre venue du royaume de nuages
Chers vous,
Je reviens d’un endroit si léger qu’on pourrait croire qu’il n’existe pas vraiment.
Un endroit où l’on marche comme dans un rêve, où chaque pas semble flotter un peu, où même les pensées deviennent plus douces.
Cet endroit s’appelle Néphélia, le royaume de nuages.
On n’y arrive pas par un chemin ordinaire.
On y entre comme on entre dans une brume tiède, sans s’en rendre compte.
D’abord, on sent une fraîcheur délicate sur les joues, comme une caresse.
Puis une lumière blanche, diffuse, enveloppe tout.
Et soudain, on comprend qu’on a quitté la terre ferme.
Le sol de Néphélia n’est pas vraiment un sol.
C’est une matière douce, souple, qui ressemble à de la mousse mais qui se déplace légèrement sous les pieds, comme si elle respirait.
Chaque pas laisse une empreinte lumineuse qui s’efface lentement, comme un souvenir qui ne veut pas disparaître trop vite.
Les habitants de ce royaume sont des nuages eux‑mêmes.
Certains ont la forme de personnes, d’autres de bêtes imaginaires, d’autres encore ne sont que des masses cotonneuses qui flottent en silence.
Ils ne parlent pas toujours avec des mots.
Parfois, ils communiquent par des frémissements, des ondulations, des éclats de lumière.
Et pourtant, on les comprend parfaitement.
Le premier nuage que j’ai rencontré avait la forme d’un vieux monsieur avec une moustache en vapeur.
Il m’a salué d’une voix douce, un peu cotonneuse : « Bienvenue, voyageur. Ici, rien ne pèse. Même les soucis deviennent légers. »
Puis il a ri, un rire qui ressemblait à un petit tonnerre timide.
Je me suis promené dans une vallée de nuages roses.
Ils ondulaient comme une mer calme, et parfois, une vague se soulevait doucement pour me laisser passer.
Au loin, j’ai aperçu un arbre étrange : un arbre de brume, dont les branches formaient des arabesques mouvantes.
Quand je me suis approché, il a laissé tomber une petite goutte de lumière dans ma main.
Elle était tiède, comme un souvenir heureux.
Je l’ai gardée pour vous.
Plus loin, j’ai rencontré une vieille dame‑nuage qui tricotait… du brouillard.
Elle tirait des fils de brume entre ses doigts et les transformait en écharpes légères comme des soupirs. « Je tricote pour ceux qui ont froid au cœur, m’a‑t‑elle dit. Ici, on réchauffe sans brûler. »
Elle m’a tendu une écharpe invisible.
Je vous la transmets à travers cette lettre : une écharpe qui ne se voit pas, mais qui tient chaud à l’intérieur.
Dans ce royaume, le temps n’avance pas vraiment.
Il flotte. Il s’étire.
Il prend son temps, justement.
Les habitants disent que les minutes sont comme des plumes : elles volent, mais sans se presser.
Je suis montée sur une colline de nuages blancs.
De là‑haut, on voyait tout Néphélia : les vallées roses, les forêts de brume, les rivières de vapeur qui serpentaient comme des rubans argentés.
Et au loin, un palais immense, entièrement fait de lumière diffuse.
Je m’y suis rendue.
Le palais n’avait pas de murs, pas de portes.
Il était ouvert comme un souffle.
À l’intérieur, des milliers de petites lumières flottaient dans l’air.
Elles se déplaçaient lentement, comme des lanternes portées par un vent invisible.
Une lumière s’est approchée de moi.
Elle a tourné autour de ma main, puis s’est posée dessus. « Tu peux emporter un peu de nous, m’a‑t‑elle murmuré".
Pas pour te souvenir, mais pour adoucir les jours où tout semble lourd.
Alors je vous l’envoie.
Elle est là, dans ces mots.
Une petite lumière qui se pose près de vous, juste pour tenir compagnie.
Avant de repartir, un petit nuage blanc — minuscule, presque timide — s’est accroché à ma manche.
Il m’a dit : « Reviens quand tu veux. Ici, personne n’est jamais de trop. »
Puis il s’est envolé doucement, comme un flocon qui hésite.
Je quitte Néphélia, mais je sais que ce royaume reste ouvert pour vous.
Il suffit parfois de fermer les yeux, de respirer un peu plus lentement, et de laisser venir cette sensation légère, comme si quelque chose en vous flottait un instant.
Je vous envoie tout cela, sans bruit, sans urgence.
Juste une douceur. Juste une présence.
Avec toute ma tendresse,
Quelqu’un qui revient des nuages pour vous
Une inconnue qui pense à vous
"Tous Droits Réservés"
Je continue à voyager avec toutes les personnes à qui j’ offrirai ces lettres comme des lanternes dans un couloir un peu sombre. Une nouvelle lettre, pensée comme une présence lente, douce, qui s’installe près de quelqu’un et raconte pour que le temps devienne plus