Lettre revenue d’un pays qui n’existe que dans les rêves

Chers vous,

Je reviens d’un pays que personne ne trouve sur une carte, un pays qui n’existe que dans les rêves et encore, seulement dans les rêves qui savent être tendres.

Je me suis dit que j’allais vous en rapporter un morceau, une poignée de lumière, un parfum, une histoire.

Quelque chose qui puisse rester un moment avec vous.

Ce pays s’appelle Lunésia.

On dit que son nom change selon celui qui le prononce, mais moi, c’est ainsi que je l’ai entendu la première fois, soufflé par un vent qui avait l’air de connaître mon prénom.

Là‑bas, les chemins ne sont jamais droits.

Ils ondulent doucement, comme s’ils avaient été dessinés par quelqu’un qui rêvait en même temps qu’il traçait.

Les arbres ont des feuilles qui bruissent comme des chuchotements.

Quand on passe près d’eux, ils racontent des histoires anciennes, mais jamais tristes.

Des histoires qui réchauffent le cœur, comme un thé sucré posé entre deux mains.

Je me souviens d’un matin où je marchais dans une clairière.

La lumière y tombait en petites gouttes dorées, comme une pluie lente qui ne mouille pas.

Un oiseau bleu — bleu comme un ciel d’été qu’on aurait plié pour le glisser dans une poche — est venu se poser près de moi.

Il m’a regardé avec un sérieux incroyable, puis il a dit : « Ici, personne ne se presse. Même le temps fait la sieste. »

Et il est reparti, très fier de sa phrase.

Plus loin, j’ai rencontré un pont suspendu au‑dessus d’un lac si calme qu’on aurait dit un miroir posé là pour réfléchir à la vie. En traversant, j’ai vu mon reflet, mais il n’était pas tout à fait moi.

Il souriait un peu plus. Il avait l’air d’avoir déposé ses soucis quelque part, peut‑être dans l’herbe, peut‑être dans l’eau.

Je me suis dit que Lunésia avait ce pouvoir : alléger ce qui pèse, sans rien demander en retour.

Dans ce pays, les maisons ont des toits ronds, comme des chapeaux de fête.

Les habitants laissent toujours une chaise vide devant leur porte, « au cas où quelqu’un passerait ».

Et quand on s’assoit, même sans parler, on se sent accueilli. On se sent… compté. Comme si notre simple présence suffisait à faire briller quelque chose.

Un soir, j’ai dormi sous un ciel violet, traversé par des étoiles qui semblaient marcher lentement, comme des lanternes portées par des voyageurs invisibles.

Avant de m’endormir, j’ai pensé à vous. Je me suis dit : « Si seulement je pouvais rapporter une étoile pour eux. Juste une petite, pour éclairer leurs nuits. »

Mais les étoiles de Lunésia ne se laissent pas attraper.

Elles préfèrent qu’on les imagine. Elles disent que c’est plus doux ainsi.

Alors je suis revenu avec autre chose : un souffle, une paix, une histoire qui tient chaud.

Je vous la dépose ici, comme on pose une couverture légère sur les épaules de quelqu’un qu’on aime bien.

Si un jour, en fermant les yeux, vous sentez une brise douce qui passe près de vous, ne soyez pas surpris.

C’est peut‑être un morceau de Lunésia qui vient vous dire bonsoir.

Ou bonjour. Ou simplement : « Je suis là. »

Avec toute ma tendresse, Quelqu’un qui revient toujours vers vous, même depuis les pays imaginaires

Une inconnue qui pense à vous

"Tous Droits Réservés"

 

Lettre voyage longue, très douce, qui revient d’un pays qui n’existe que dans les rêves. Je l’ai écrite comme un murmure qui s’assied près de quelqu’un, pour lui tenir compagnie sans jamais peser.